Le Chat @Th_Atelier

By on 7 septembre 2016
Le Chat

Le Chat

L’adaptation du roman de Georges Simenon par Christian Lyon et Blandine Stintzyde, mise en scène par Didier Long, directeur du théâtre de l’Atelier, accompagné de Julie Marboeuf n’a rien à voir avec le film. Même si Myriam Boyer et Jean Benguigui ressemblent étrangement à Simone Signoret et Jean Gabin, à s’y méprendre. Même si l’inquiétude sourde déstabilise tout aussi cruellement. La version théâtrale sert avec loyauté l’histoire et à la construction originelles de l’auteur. Quant à la musique, composée et interprétée au violon par François Peyrony, grinçante, que l’on croirait jouée sur de vieux instruments désaccordés, elle renforce cette atmosphère anxiogène et délétère, scandée par le métronome d’un avenir sans horizon et de solitudes mal assorties, qui s’égrènent dans le vide.

L’histoire

Le Chat de Georges Simenon, c’est comme une fable de Jean de Lafontaine.

Un couple. Une commune de banlieue comme ceux de Maurice De Vlaminck, avec les cheminées qui suintent, les grues de promoteurs sans scrupule qui bouleversent un paysage horizontal et bourgeois en une urbanité verticale et angulaire. Lui, Emile, ouvrier retraité et veuf, vit désormais avec son chat Joseph. Un chat de gouttière, un ami, davantage : un soutien, un réconfort. Elle, Marguerite, veuve, vit du loyer des locataires des pavillons qui ont fait la fortune de sa famille, dont le nom orne désormais la rue qui va supporter ce huis clos insupportable. Marguerite a pour compagnie un perroquet dont le ramage, le plumage et le bec ne vont pas bien longtemps faire de lui le Phénix des hôtes de cette demeure figée dans la rancœur et l’aigreur. Marguerite est harcelée par les investisseurs-vautours. Elle entend conserver son patrimoine qui autrefois a contribué au prestige de sa famille, à sa fierté étriquée et à son ample mépris. Elle réussit à séduire Emile, un type rustre et sincère, jusqu’à sceller leur union, prétextant son catholicisme fervent. Un mariage qui va révéler les mensonges, les orgueils, les vilenies, les tromperies, les préjugés, les jugements à l’emporte-pièce, le conformisme, l’étroitesse d’esprit, la veulerie. Bref, la partition dissonante d’un couple qui agonise.

Un matin, Emile retrouve Joseph, mort. Raide et froid comme celle qu’il a épousée et dont il va bientôt découvrir la personnalité effrayante. Il n’a plus son chat et il se retrouve piégé, privé de toute forme de liberté, y compris de pensée. Peu à peu, il se décompose et au creux de sa gentillesse qui n’était pas de façade, Marguerite va forer les ténèbres de l’âme d’Emile.

Moralités : Plus vous jouerez au chat à la souris, plus vous deviendrez comme chien et chat. Ne trahissez jamais votre chat, ou vous vous métamorphoserez comme chez Ovide, pour le pire. La sorcière machiavélique n’est jamais celle que l’on croit. Je relis « Le Chat, la petite anthologie littéraire, Langue de chats », publié aux éditions Parangon, stupéfait par ce paragraphe : « M. Edelestand du Méril, dans une brochure sur les usages populaires qui se rattachent au mariage, voit dans l’intervention des chats qu’on attachait sous les fenêtres des veuves remariées la confirmation d’un proverbe relatif à la lubricité de la race féline ».

Le Chat de Georges Simenon, c’est comme une chanson de Benjamin Biolay : l’histoire d’un couple plus contemporain qui ne s’use pas moins brutalement et qui communique par post-it. Force est de constater que le chat demeure toujours un enjeu de cette clinique Brandt Rhapsodie

La mise en scène

A vous de découvrir, au théâtre de l’Atelier, qui, du chat, de la veuve remariée ou du veuf abusé, est l’être le moins recommandable, le plus obscène et immoral.

Un engrenage insoutenable, servi par deux acteurs talentueux et impitoyables qui donnent tout, toute l’amertume de leur coeur. Une pièce qui rend claustrophobe, qui noue le ventre et la gorge et qui rend impossible toute forme de déglutition. Un décor unique qui alterne admirablement les séquences au présent et au passé, ça commence par la fin et on remonte lentement la vie terrifiante de ce couple médiocre et misérable. Lent et douloureux chemin de croix, comme un fleuve qui charrie la lie, la bassesse et l’impureté du monde. Le texte est fidèle à son auteur, dont « L’affaire Simenon », paru cet été aux éditions Avant Propos, écrit par Alain de Preter, révèle la noirceur, l’égotisme, la morgue et l’impiété.

S’il y a une pièce à ne pas rater sur les scènes du théâtre parisien en cette rentrée, c’est assurément Le Chat, de Georges Simenon, dont l’adaptation, la mise en scène et le jeu des acteurs rappellent à quel point cet animal peut faire de votre vie un paradis ou un enfer.

Au théâtre de l’Atelier depuis le 6 septembre 2016

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Rueil-Malmaison (92)

Petite Chatte-de-Van, je suis mi-Arménienne, mi-Bretonne. J'ai été retrouvée abandonnée dans une station balnéaire du Finistère Nord un jeudi du mois d'août. Blanche immaculée, je suis génétiquement sourde. Je me positionne comme la porte-parole des chattes handicapées, exilées, maltraitées, réfugiées et résistantes. A travers l'écran, je mène à présent une vie socialement divertissante et épanouie, dans la sphère culturelle et artistique parisienne.

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