Demain les chats, Bernard Werber

By on 2 juillet 2017
Demain Les Chats

Demain Les Chats

Est-ce que j’ai le droit de dire que j’ai été déçue ? Pour être honnête, je n’ai pas du tout aimé « Demain les chats » de Bernard Werber, à mon grand regret #meow ! J’y avais pourtant fondé beaucoup d’espoirs. J’ai trouvé l’histoire confuse et incohérente, les personnages survolés, les lieux communs historiques et les poncifs géopolitiques pénibles. J’ai repéré des erreurs choquantes et, parmi les plus grossières, considérer le « langage des signes » qui est une langue et les « sourds-muets » comme si les deux handicaps allaient systématiquement de paire. Peut-être, m’opposerez-vous, un chat ne doit-il pas pousser la réflexion et l’analyse aussi loin ? Sauf que voilà : je suis une chatte sourde, certainement pas muette ni inculte ; je me suis initiée à la Langue des Signes Françaises qui est non seulement une langue, mais surtout une langue non universelle. Chaque pays dispense sa propre langue des signes. Je l’ai d’ailleurs apprise… non pas à ma « servante » mais à celle qui accompagne ma vie, dans un respect réciproque. Dans son monde imaginaire de Demain les chats, Bernard Werber fait même de la sourde-muette, qui s’exprime en langage des signes, une Chamane : « -Je dirais plutôt sorcière » ponctue Pythagore lapidaire et péremptoire. Les stéréotypes ont la canine aiguisée… et, en vie de chat, ils en sont même décuplés et exponentiellement ridicules !

 

Bref : C’est plus ou moins le sujet du livre, si toutefois il y en a un. Quoi ? Demain les chats aux manettes pardi ! Ça commence sur fond d’attentats terroristes sanglants. On pense évidemment au Bataclan, étant donné la description, et d’emblée le malaise saisit, parce que non, se dit-on, ce n’est pas possible de prendre comme point de départ, comme élément déclencheur, ces faits effroyables, pour rédiger une sorte de comédie féline ? Ou bien admettons et, dans ce cas, on peut s’attendre à ce que les chats deviennent les alliés des humains pour combattre le terrorisme par exemple, grâce à leur agilité, leurs sens, leur perception du monde jour et nuit, leur ruse. Les chats et les humains unis, au service du bien de l’ordre de la morale d cela justice. Demain les chats justiciers. Il n’en est rien, ces attentats sont un prétexte pour commencer une histoire. Les chats Bastet et Pythagore deviennent les narrateurs et les héros. Ils habitent chez leur servante respective, l’un en face de l’autre et bientôt, après le chaos des attentats, le pire survient : l’extermination de tous les humains sans que celle-ci ait un quelconque lien avec les événements précédents. Bientôt ne subsistent que les chats et les rats qui prolifèrent et véhiculent la peste. Le combat s’engage alors entre les deux espèces. C’est sanglant, la lutte n’est pas armée, elle n’en est pas moins violente et cannibale. Pythagore a une particularité : il est doté d’un troisième œil singulier. Il s’agit d’une clé USB qui lui permet d’avoir accès à l’Internet-sésame, à l’information et à l’Histoire qu’il distille, pontifiant docte professoral et ennuyeux, lors des courtes trêves qui en auraient laissé plus d’un exsangue. Pas les chats, robustes et tenaces. Pas Pythagore qui insiste pour exercer son savoir et sa supériorité, manager en divisant pour mieux régner. Il initie Bastet en particulier, qui ignore jusqu’à l’origine de son prénom et qui, inévitablement en vient à le déifier. Elle qui avait des besoins bestiaux a soudain accès à la connaissance. Ces cours se révèlent cependant bien incongrus dans le contexte particulier de la civilisation des humains qui s’écroule, en plein Paris, tandis que les chats prennent possession de l’Elysée, leur nouveau QG pour affronter les rats. La plupart d’entre eux en tout cas. D’autres moins téméraires (rares, mais ils existent), ont décidé de fuir et de se réfugier sur les plages de Normandie en empruntant l’autoroute de l’Ouest trop vite saturé. Métaphores lourdingues et grotesques. Tout cela sonne terriblement cliché et parfois même copier-coller Wikipédia. Bernard Werber cède à la facilité, comme s’il pouvait écrire n’importe quoi tant sa communauté de followers le suit désormais sans condition. Il a dû se prendre pour Pierre Boulle et imaginer construire la Planète des Chats, après celle des singes. Sauf que le talent de Pierre Boule est unique et qu’il est impossible de singer son chef d’œuvre. Et Werber se perd en route.

En postface : pas moins de 6 P.S. L’auteur tente l’humour et, pour commencer, juge utile de préciser qu’ « aucun animal a été maltraité ou blessé durant l’écriture de ce roman » et, parce qu’il n’a pas terminé de justifier une écriture médiocre il rappelle son soutien à l’association PETA. Pour ma part, je préfère ceux qui militent dans l’ombre et écrivent de bons romans, haletants, si convaincants que chaque page se tourne à la vitesse de l’éclair, dans le plaisir de la lecture. Bien sûr il ramène sa fraise sur les fréquences et les bienfaits de la ronron-thérapie (en PS… en toute humilité). Egrène quelques litotes « Il n’y a qu’une solution. –Laquelle ? –Le Livre. L’objet de mémoire par excellence. Le seul qui résiste au temps » ou encore : « Sur l’écran des télévision on voit maintenant des humains qui parlent avec des intonations très dures », « « -Non, ce n’est pas la guerre, pas encore. Ce que tu vois, ce sont juste es prémices de la confrontation. Ceux en uniforme sont les défenseurs du système en place. Les autres sont ceux qui veulent le détruire ». C’est ainsi, Werber a construit un monde binaire, ponctué d’extraits de cours et de comportements félins de premier niveau.

Eh bien pour ma part, les #chatmis : ce livre m’a accablée.

 

Demain les chats, Bernard Werber. Editions Albin Michel. 320 pages (mais écrit gros et aéré), 20,90 euros

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Rueil-Malmaison (92)

Petite Chatte-de-Van, je suis mi-Arménienne, mi-Bretonne. J'ai été retrouvée abandonnée dans une station balnéaire du Finistère Nord un jeudi du mois d'août. Blanche immaculée, je suis génétiquement sourde. Je me positionne comme la porte-parole des chattes handicapées, exilées, maltraitées, réfugiées et résistantes. A travers l'écran, je mène à présent une vie socialement divertissante et épanouie, dans la sphère culturelle et artistique parisienne.

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