Fukumaru the Cat by Miyoko Ihara

By on 18 mars 2017
Foire du livre de Bruxelles

Foire du livre de Bruxelles

Lors de la Foire du livre de Bruxelles, entre deux dédicaces sur le stand de mon éditeur Delatour France, j’ai fait une découverte extraordinaire. Une sorte de trésor. Deux ouvrages inattendus, diffusés sur le stand de la librairie Belge Peinture Fraîche. Un design Idea Ohshima, une édition Motoi Kato, une traduction de Eri Tsuji. Publié par Sun Chiapang (Little More).

Deux ouvrages si poignants que je retarde encore le moment d’en miauler l’histoire, qui m’a bouleversée. Plusieurs raisons à cela. D’abord, il est question d’une animal-humanisation et, en particulier, d’une relation fusionnelle entre une vieille femme et une jeune chatte. La même histoire d’une adoption réussie et écrite, comme le destin, que je vis avec Elle (cf « Mes #chatventures romanesques, de Brest à Paris »). Ensuite, la petite chatte en question me ressemble trait pour trait : blanche immaculée de l’hermine, fourrure solide, yeux rares et singuliers. Sur l’une des photographies prise au milieu d’un buisson ardent d’hortensias ou, plus loin au cœur d’une forêt de genêts japonais, je me suis revue sur mes terres originelles du Finistère, où j’ai été abandonnée puis adoptée, par Elle. Il n’est donc pas impossible, me suis-je miaulé pour moi-même, un miaulement intérieur méditatif, que cette petite chatte soit, à mon instar, d’origine arménienne. Elle a toutes les caractéristiques d’une Chatte-de-Van robuste et résistante, symbole de liberté et d’affranchissement, symbole de renaissance, symbole de la vie supérieure à la mort, messagère aussi, symbole de la force et de l’amour, terrienne et très peu attachée aux choses matérielles, davantage à la nature, à la beauté du monde et de ses paysages, aux ajoncs et au sable. Une petite chatte emplie d’une spiritualité presque médiumnique. Une petite chatte sans frontière, poussée par le vent, que l’on trouve aussi bien sur les trottoirs de Guyane, que sur la plage du Trez-Hir, commune de Plougonvelin en Bretagne, ou bien encore au Japon, dans un endroit sauvage comme le Finistère. Un autre bout du monde, là où les plus belles histoires commencent : ce même ciel bas, nuageux et ensoleillé à la fois, ces mêmes couleurs et les odeurs qui traversent le grain de la page.

Une étrange impression de découvrir ma jumelle… de savoir pourquoi j’existais, pourquoi avec Elle et personne d’autre.

 

Big Mama and Fukumaru the Cat

Big Mama and Fukumaru the Cat

Big Mama and Fukumaru

L’histoire se déroule en deux tomes et nul besoin de textes ou de miaous : les photos sont éloquentes, prises par la journaliste de presse Miyoko Ihara pendant 14 ans. Son travail, concentré sur les paysages, les femmes ou la mer fait désormais partie du Kiyosato Museum of Photographic Arts. En l’occurrence, elle raconte l’histoire de sa grand-mère. Le tome 1 est en noir et blanc. Il traduit la genèse : « Misao the Big Mama and Fukumaru the Cat : Goodbye, Hello ». En noir et blanc, comme un rite de passage. Cette grand-mère Misao, Big Mama, accompagne son époux (après des années d’une union rugueuse qui a fait suite à un mariage japonais traditionnel, de raison qui a fini par se transformer en une forme d’amour, par la force de l’habitude) vers la mort. On les découvre ensemble, burinés et voutés par le poids des années à travailler la terre dans un Japon rural et préservé. Lui semble si frêle. Puis l’hôpital. Et le visage de Big Mama par le biais d’un miroir, désormais seule. Elle se ressource sur une plage immense et vide. Au loin un horizon : qu’annonce-t-il ? Fondu blanc. Plus tard, une voisine présente à Big Mama une portée de chatons blancs comme les neiges du mont Ararat ou celles du mont Fuji. Misao en choisit un particulier : ses yeux sont vairons. L’un couleur du soleil, l’autre couleur du ciel. C’est une petite chatte. Les deux femmes vont s’apprivoiser, jusqu’au plus parfait mimétisme. Certaines photographies sont émouvantes à en verser quelques larmes de tendresse, devant l’harmonie qui se dégage de cette improbable union. Big Mama renaît, son visage se déride et se lisse, son sourire apparaît, elle semble moins bossue à présent. Elle prénomme sa petite chatte Fukumaru, dans l’espoir d’un Dieu de la bonne fortune (fuku). Unies jour et nuit, Big Mama et Fukumaru the Cat travaillent aux champs, récoltent, rentrent noires et terreuses mais heureuses, se baignent, dînent et partagent un bol de Udon, une soupe ou un chat en sucre ; elles se prélassent aussi sous les rayons du soleil ou étendent le linge. Big Mama a retrouvé une vitalité de jeune femme, elle fête vaillamment ses 86 ans. Un jour, Big Mama se retrouve à l’hôpital. Fukumaru the Cat demeure inerte, l’attendant immobile sur l’une de ses affaires, près de la cage aux oiseaux. Fukumaru est malade de tristesse. Big Mama revient et les baisers pleuvent, Fukumaru the Cat plus facétieuse que jamais, ivre de bonheur et de leur vie retrouvée. Ce qui semble routinier reprend : l’ordinaire chaque jour différent. Les regards de l’une plongent dans les pupilles de l’autre. Inséparables, elles en viennent à se confondre. Ce tome s’achève par une photo en couleur : Big Mama et Fukumaru the Cat s’embrassent sur la bouche.

 

Big Mama and Fukumaru the Cat

Big Mama and Fukumaru the Cat

Cette prise-là préfigure le tome 2, en couleurs et sans sous-titre. Les couleurs accentuent la vie merveilleuse de Big Mama et Fukumaru the Cat, patte contre main, pommette haute contre joue ensommeillée. Big Mama jongle avec les fruits ramassés pendant que Fukumaru les veille, dans le panier. Elles font chauffer du bois dans le poêle, ramassent les mauvaises herbes, elles se gargarisent sous les cerisiers, ronronnent de plaisir dans le silence de la nature préservée et chatoyante, elles se frottent le nez en rentrant, satisfaites de leur nouvelle journée besogneuse et chanceuse. Une poussière d’arc-en-ciel achève cette histoire touchante, à l’humanité foudroyante.

 

Moi, j’en ai eu le meow coupé et depuis, les images me poursuivent. Je suis peut-être en ville aujourd’hui, urbaine, je n’en comprends pas moins les moindres petits détails de ce quotidien simple et frais, libre, riche d’un bonheur inestimable. Il paraît que parfois le chat pleure. Des larmes coulent jusqu’à ses vibrisses, comme une note de musique sur une portée. Ce qui lui arrive lorsque l’émotion le submerge, tout sensible qu’il est. La preuve ? Par l’image remplie d’affection et de pureté, celle de Miyoko Ihara.

 

Littlemore éditions

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Miyoko Ihara

Miyoko Ihara

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Librairie Peinture Fraîche

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#la nouvelle olympe

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Rueil-Malmaison (92)

Petite Chatte-de-Van, je suis mi-Arménienne, mi-Bretonne. J'ai été retrouvée abandonnée dans une station balnéaire du Finistère Nord un jeudi du mois d'août. Blanche immaculée, je suis génétiquement sourde. Je me positionne comme la porte-parole des chattes handicapées, exilées, maltraitées, réfugiées et résistantes. A travers l'écran, je mène à présent une vie socialement divertissante et épanouie, dans la sphère culturelle et artistique parisienne.

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