Neko Land

By on 25 mars 2017
Neko Land

Neko Land

Neko Land : Une vie de chat au Japon

 

Alexandre Bonnefoy (textes et photographies) et Delphine Vaufray (illustrations) sont les auteurs de « Neko Land : Une vie de chat au Japon ». En 2010, ils partent vivre deux ans au Japon, en particulier à Tokyo. Ils partagent leur aventure sur un blog : Issekinicho (d’une pierre deux coups) qui donne son nom à leur maison d’édition grâce à laquelle ils publient ce premier ouvrage sur mes #chatmis #chaponais ; Cet ouvrage incomparable a pu voir le jour grâce aux précommandes de lecteurs de leur journal en ligne ! Le Japon, comme mon Finistère originel : où commencent les aventures les plus inattendues…

 

Neko Land

Neko Land

La réalité féline au Japon

Neko Land est sans concession : Une vie de chat au Japon, brute et sans fard. Pas de Photoshop ni de retouche particulière : un regard acéré et réaliste. Un regard de chat perçant et nyctalope. On les suit dans la ville, dans la nuit, à la campagne ; On répond à leurs invitations ; On les rejoint au café pour une pause féline câline et, bien sûr, au cœur d’une île dans l’île : Tashigojima, l’une des îles aux chats de l’archipel asiatique.

Neko Land

Neko Land

Tous semble commencer à cinq heures dans la vie des chats du Japon : quand la ville s’éveille, le premier métro ronronne sous terre, le coq sonne le tocsin dans les communes rurales, les pêcheurs s’activent auprès de leurs casiers ou leurs filets, les éboueurs n’ont pas encore ramassé les sacs-poubelles déposés dans les rues. Qu’ils soient des villes (nora-neko) ou des campagnes (inaka-neko), insulaires (shima-neko), noctambules (yoru-neko) ou spirituels (maneki-neko), les chats japonais, toutes origines confondues, sont partout : dans les quartiers résidentiels, commerçants, les temples et sanctuaires, les ruelles nocturnes incessantes de vie ; dans les parcs, les bars, dans les caniveaux à la recherche de fraîcheur l’été ; au cœur des endroits plus exubérants comme le quartier du manga ; dans les gares, sur les toits, les climatiseurs extérieurs, les selles de motos ou dans les camionnettes rouillées par l’humidité ;au milieu de fêtes populaires –grimés et déguisés en rose-kitsch, dans les chantiers ou les maisons abandonnées-fantômes, dans les ruines, sous les ponts, au creux d’un pneu crevé, lapant une eau sale d’un seau et sa serpillère. Ils sont partout, inhérents à l’espace environnant, symbole de l’identité japonaise : « Le chat est indissociable du Japon. Même si en arrivant à Tokyo il y a deux ans je ne m’intéressais pas particulièrement à la photo de chat ni même aux chats, il m’était impossible de ne pas les voir » indique l’auteur en préambule. On ne cherche pas un chat, ici ou ailleurs : il vient à nous pour ne plus nous quitter. Qu’il ait un nom (nyan-chan ou neko-Chan : Monsieur le chat) ou qu’il soit anonyme, se fondant dans le paysage (nashi : il n’en a pas), il se prolifère et supplante bientôt la population humaine dans certaines localités.

 

Neko Land

Neko Land

L’envers du décor

L’ouvrage Neko (chat en japonais) Land (paysage) ouvre un chapitre en images prises sur le vif, à la manière d’un reportage-photo, du quotidien des chats dans ce Japon bruissant ou préservé, aux mille paradoxes, ancestral et avant-gardiste. Au Japon, cette signature est bien plus signifiante que n’importe quelle image, n’importe quel ouvrage, livre, bar à chats : « pas de chat, pas de créativité ». De tout temps, sur tous les continents, le chat a prouvé sa vertu, libérant l’imaginaire, la fantaisie et apaisant les tourments. Pour autant, petit être sensible, il a beau être choyé, shooté -dans toutes sortes de poses inédites, aimé (vénéré), prié, brossé, alimenté, au Japon ou ailleurs il demeure un félin, un prédateur. Libre. Il décide et élit sa « proie », son messager. Car il a un avertissement à faire entendre : il a besoin d’attention et que l’on se soucie de sa population. Et, comme le soulignent les auteurs de ce livre particulièrement intéressant : « Neko land est un livre de photographie animalière urbaine ». Sociologique et anthropologique, en plus d’être consacré aux animaux. En effet, s’il est plaisant pour les Tokyoïtes d’alimenter les chats errants (nora-neko), en dépit des panneaux d’interdiction qui sont légion, de les peigner à l’heure de la sieste lors de la pause-déjeuner, de vérifier les bienfaits de la ronron-thérapie dans les neko-café, ou simplement de les observer évoluer en souplesse, « Cette générosité a un effet négatif : la population de chats s’accroît assez rapidement et les chatons courent un peu partout. Certes pour le plus grand plaisir des yeux, mais ces chats ont une espérance de vie limitée. Si les gens les nourrissent volontiers, peu de personnes les soignent et encore moins les font stériliser… ». L’ouvrage propose ainsi un aperçu alarmant de chats cabossés, écorchés, malingres ou faméliques, reclus et farouches au cœur des camps de SDF, dormant sur les tombes des cimetières où il leur est encore possible de se faufiler. Ils semblent se donner rendez-vous par meutes, bandes de chats livrés à eux-mêmes, dont tout le monde croit se soucier mais dont, en vérité, personne ne se préoccupe concrètement, avec pragmatisme et bon sens. A Kamiigusa, Tokyo une pancarte invective : « Etes-vous capables de vous en occuper jusqu’au bout ? Le simple fait de les nourrir entraîne une multiplication des chats. Castrez-les et prenez toutes les précautions possibles pour éviter qu’ils donnent naissance à de pauvres chatons dont personne ne s’occupera ». Qui lit ces multiples et abondantes mises en garde ? Qui soigne ? Qui vaccine ou stérilise ? Ceux qui, s’imaginant ingénieux, protègent les accès à leur propriété à grand renfort de bouteilles d’eau en plastique accumulées, formant des remparts anti-chats errants ? « L’arme anti-intrusion la plus utilisée au Japon et à Tokyo » souligne l’auteur de l’ouvrage. Une autre solution est de placer des places de piques sur les toits turquoise ou le dos des ventilateurs, sur les rambardes des balcons ou même entre les maisons. Car une fois parvenus à leur domicile, les Tokyoïtes délaissent les chats dont ils lissaient la fourrure quelques heures plus tôt. Le chat devient encombrant, incommodant voire maléfique. Dommage, On en oublie leurs vertus originelles. L’une parmi tant d’autres, à Tashirojima, Miyagi : « La région a autrefois été une grande productrice de vers à soie et le nuisible du ver à soie étant la souris, les chats ont été introduits pour leur faire la chasse. La production de soie s’est arrêtée mais les chats sont restés ». Ainsi, nombre de chats sont atteints de maladies, en particulier le coryza, à force d’errer.

 

Maneki neko

Maneki neko

Bien sûr il est amusant de croiser une japonaise et sa poussette dans laquelle se prélasse un… chat, il est réconfortant de se rendre au temple Imado d’Asakusa, dédié au Maneki-neko (le chat qui invite), espérant la bonne fortune, la fertilité ou la prospérité selon qu’il salue de sa patte gauche ou droite. Il est émouvant de les caresser et les entendre miauler de réconfort dans les neko-café le temps d’une pause, de croiser leur regard sur les quais et les planches de l’île de Tashirojima, alanguis sur une barque abandonnée. Sur cette île du nord du Japon, cent-cinquante chats au moins sont recensés. Suite au Tsunami et ses conséquences, « L’armée américaine a même ravitaillé les chats en croquettes par hélicoptère ».

 

Il y a la jetée, le ciel rose rejoint les flots calmes et rougeoyants, la nuit se prépare. Les chats s’étirent, ils sortent de leur tanière, patientent, aux aguets, posture de sphinx en dépit des aléas de leur quotidien, certains jouent, d’autres circulent un poisson dans la gueule. Dans l’indifférence générale. Ils font désormais partie du paysage quotidien du Japon. Devenu un enjeu commercial, une attraction, un emblème, des produits dérivés.

 

Neko Land

Neko Land

Un livre qui appelle à réfléchir et, si possible à agir. Derrière chaque photo, chaque regard attendrissant de tel ou tel chat, de gouttière ou de race, indolent ou craintif, se cache la misère. Elle n’est pas moins plaisante au soleil ou sur un archipel qu’ailleurs. Cet ouvrage résonne comme une alerte. Méfiez-vous du réveil de mes #chatmis #chaponais ! Ils ne sont pas de simples mascottes, des boules de poils #charmantes : ils ont un statut à préserver et à revendiquer. Les photographies sont éloquentes. Un ouvrage de référence, moins léger qu’il n’y paraît.

 

Neko Land, Alexandre Bonnefoy et Delphine Vaufrey, éditions Issekinicho, 27,90 euros.

www.issekinicho.fr

 

TAGS

LEAVE A COMMENT

#lanouvelleolympe
Rueil-Malmaison (92)

Petite Chatte-de-Van, je suis mi-Arménienne, mi-Bretonne. J'ai été retrouvée abandonnée dans une station balnéaire du Finistère Nord un jeudi du mois d'août. Blanche immaculée, je suis génétiquement sourde. Je me positionne comme la porte-parole des chattes handicapées, exilées, maltraitées, réfugiées et résistantes. A travers l'écran, je mène à présent une vie socialement divertissante et épanouie, dans la sphère culturelle et artistique parisienne.

Rejoignez-moi !