Rester Vivant : Clément-tartan

By on 17 juillet 2016

Rester Vivant

Rester Vivant

Ça a été dit et répété : une exposition de Michel Houellebecq, que l’artiste protéiforme a conçue. Aux titres visionnaires. A la manière de ses romans, à la frontière de la réalité et de la fiction, en prenant appui sur ses obsessions, objets-sujets de fascination. Conceptuelle et à la fois basique, voire naïve. Paradoxale et insaisissable comme sait l’être Michel Houellebecq. On embarque, on plus précisément « Il est temps de faire vos  jeux » préconise d’emblée l’auteur, poète, essayiste, romancier, écrivain, photographe, voyageur, réalisateur, vidéaste, commissaire d’exposition. D’ailleurs, on arrive comme dans une salle d’embarquement pour un voyage atypique. Avant le décollage, il y a plusieurs salles à visiter, plusieurs invités à découvrir qui se répondent les uns les autres, plusieurs inscriptions à déchiffrer en faisant appel à sa propre fantaisie. Michel Houellebecq essaie bien de nous faire bifurquer, perdre nos repères, sauf que toujours, nous revenons sur la route. Bien plus simple qu’il cherche à nous le faire croire. De sorte que même ce qu’il a imaginé comme des salles facultatives se trouvent, comme un fait exprès, sur notre chemin parce que : « Nous habitons l’absence ». En fait, nous habitons l’espace, la vie. Aujourd’hui plus que jamais, insoumis et libres. Loin d’être erratique, l’expo serait plutôt extatique. Quelques indices : les femmes et l’amour, la salle érotique. La peinture et les toiles brutes et incandescentes qui encerclent un bureau fourre-tout jonché d’idées, de notes, de musique et de bouteilles. La musique justement, évanescente diffuse. Les voyages. L’Europe. L’actualité en filigrane et un soupçon de géopolitique.

Mais moi, ce que je retiens, c’est la salle improbable Clément-tartan. Dédiée au chien de Michel … Thomas. Thomas, moins de panache que Houellebecq. Houellebecq, c’est les circonvolutions d’un cerveau effervescent et en surchauffe, que cache une allure flegmatique. Pour autant Thomas, c’est l’ancrage, la terre, l’amour. L’humanisation d’un homme banal au travers de son rapport à l’animal, son chien Clément. Une salle en lambris, dans laquelle l’air semble à la fois douillet et renfermé. C’est confiné, sur la moquette tartan. Aux murs, des dessins de Michel Thomas, qui a observé son chien sous toutes les coutures. On se dit : « Moi aussi, j’peux dessiner ça, même mon gosse pourrait ! ». Sauf qu’on l’a pas fait, peut-être son gosse mais on l’ignore. Les dessins font écho aux photographies prises par le maître, qui a l’œil. Prunelles reliées aux prunelles, c’est tendre. Comme ELLE et moi #lanouvelleolympe ! Tout est encadré, propre, soigné. Deux tables vitrées laissent apparaître les jouets, les laisses, les manteaux, les couffins, gamelles balles colliers os et même l’ours en peluche (effet de mode ?). Une animalerie vintage en entier. Michel Thomas a tout conservé de Clément, et en premier lieu sa présence. Formidable Ôde à l’animal, le plus fidèle ami de l’homme, une fois encore cela se vérifie. C’est kitch, improbable et rempli d’affection. Du Houellebecq pur, un type qu’il n’est pas possible de dénigrer, qui se révèle plus attachant que jamais à travers cette exposition.

Rester Vivant, au Palais de Tokyo. Jusqu’au 11 septembre 2016. www.palaisdetokyo.com

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19 juillet 2016

#lanouvelleolympe
Rueil-Malmaison (92)

Petite Chatte-de-Van, je suis mi-Arménienne, mi-Bretonne. J'ai été retrouvée abandonnée dans une station balnéaire du Finistère Nord un jeudi du mois d'août. Blanche immaculée, je suis génétiquement sourde. Je me positionne comme la porte-parole des chattes handicapées, exilées, maltraitées, réfugiées et résistantes. A travers l'écran, je mène à présent une vie socialement divertissante et épanouie, dans la sphère culturelle et artistique parisienne.

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