Le Grand Orchestre Des Animaux

Le Grand Orchestre Des Animaux
Le Grand Orchestre Des Animaux

Le Grand Orchestre des Animaux à la Fondation Cartier pour l’art contemporain

Dans la vie, il existe deux types de démarches. L’une, violente, qui heurte, pour mieux dénoncer. L’autre, harmonieuse, qui transcende, pour mieux révéler. Toute la beauté du monde animalier et sa signature sonore. La Fondation Cartier pour l’art contemporain n’a pas résisté à la seconde et a installé, en ses murs et jardins, dans une continuité mélodieuse : Le Grand Orchestre des Animaux, inspiré par l’œuvre de Bernie Krause.

Bernie Krause, le chef d’orchestre

Bernie Krause est écrivain, essayiste, poète, musicien, scientifique (bio acousticien). Avant son animal-fascination, Bernie Krause était déjà musicien. Aux côtés des Doors et de Van Morrison et, pour le cinéma, avec Roman Polanski ou Francis Ford Coppola.

Il explore depuis cinquante ans le monde naturel dans toutes ses dimensions et formes d’expressions et, pour l’occasion il s’est entouré d’artistes d’horizons variés, pour créer une exposition immersive extraordinaire. Le résultat est stupéfiant : un havre de paix en plein Paris. Pas un seul bruit du quotidien des humains : ni klaxons, ni sonneries de téléphone, ni bips, ni cris, ni querelles, ni crissements de pneus, ni rideaux de fer qui se déroulent jusqu’au trottoir, ni néons, ni panneaux publicitaires, ni feux, ni pas cadencés. Plus aucune agitation. Si rien de tout cela n’est plus audible alors, que reste-t-il ? Le silence ? Mieux : les paysages sonores et visuels du monde non-humain.

 

Plongée sous-marine : la fosse de l’orchestre

Depuis le règne du plancton, dans une salle enténébrée comme les profondeurs sous-marines. « Aux origines du vivant » met en mouvement des entités microscopiques, voire invisibles à l’œil nu, sous forme de vidéos au son hypnotique de Ryuichi Sakamoto. En plongée, en apnée. Le grand bleu, l’outrenoir. Fascinant. L’endroit que l’on ne voudrait plus quitter. Plus complexe que ça en a l’air, car sous couvert d’une mise en scène aux effets hallucinatoires fantastiques, il est question de biodiversité animale. Bernie Krause affirme, preuves à l’appui, qu’aujourd’hui nous sommes dans une période d’extinction animale de masse : « Près de 50% des habitats figurant dans mes archives sont désormais si gravement dégradés, si ce n’est biophoniquement silencieux, que beaucoup de ces paysages sonores naturels, naguère si riches, ne peuvent plus être entendus que dans cette collection ». La reconstitution rappelle cruellement les espèces disparues, et met en évidence le fait qu’un jour, peut-être, si nos comportements demeurent ignorants, le silence règnera. Pire que le silence : le néant.

En les murs : les cordes et les bois

Tous les continents sont représentés, tous types d’animaux : des oiseaux multicolores aux ours bleus, jusqu’aux espèces les plus fantasques et cette fresque rupestre qui, à elle seule, rassemble le règne animal autour d’un point d’eau : « Comme dans un conte de fées, la scène illustrée constitue une vision belle et émouvante mais elle cache une facette bien plus obscure ». Bernie Krause met le focus sur le vortex, qui aspire les espèces les unes après les autres, au lieu d’apaiser leur soif. Réalisée par l’artiste chinois Cai Guo-Qiang, avec de la poudre à carton sur papier, cette représentation de 4 sur 18 mètres semble lentement se diluer. Plus loin, aménagés sur des briques en terre cuite, des photographies et vidéos d’oiseaux ou d’ours s’exprimant dans leur élément. L’œil de Manabu Miyazabi est d’une acuité sévère, offrant toute la luminosité et les Pantones des ailes d’oiseaux. En écho, à l’autre bout de la formation orchestrale, les loups de Hiroshi Sugimoto répondent à l’appel de la forêt : « Ces photographies présentent une réalité contrefaite qui trompe l’esprit ».Une lecture selon différentes clés musicales, aux tonalités diverses, renversant les situations : qui, de l’ours, du loup ou de l’homme, observe et capte la vie au naturel ?

On circule on virevolte et soudain, ce sont des tableaux naïfs et colorés de Cyprien Tokoudagba, de Moke, de JP Mika, de Pierre Bodo et à côté, le Carnaval des Animaux semble bien terne. La puissance de cet orchestre-là, multiculturel, multiracial, est époustouflante et les bruits du concert de la forêt entêtent et inspirent. L’imaginaire prend le pouvoir. Pour mieux travestir la triste vérité et les menaces qui pèsent sur les espèces animales en danger ?

 

Hors les murs : les cuivres et les percussions

Dehors, c’est sauvage. Les plantes, les arbres, les oiseaux, les insectes, les chats et pas fâchée qu’Agnès Varda ait proposé ce temple de tout repos à la mémoire de sa chatte Zgougou, qui continue d’exister, sous les pins parasols. Les installations sont réalisées avec United Visual Artists, un studio londonien qui a su créer en unissant des enregistrements, sonogrammes et images de Bernie Krause, mais aussi de Raymond Depardon et Claudine Nougaret. C’est numérique, c’est réel. URL-IRL, comme moi : #lanouvelleolympe !

Ricardo Muti rappelait qu’un orchestre symphonique constituait la métaphore de la société : « Chacun est indispensable ». Bernie Krause à sa manière concrétise cette alliance avec la nature, dont il précise la genèse : “L’essentiel est invisible aux yeux ». Et si nous aussi, nous apprenions à écouter ? Bernie Krause et les artistes qu’il a conviés nous y invitent avec poésie et grande élégance, dans la joie. Nous nous accordons formidablement bien avec cet orchestre pas banal, qui fait vibrer et réveille –peut-être- nos consciences.

Le Grand Orchestre des Animaux, à la Fondation Cartier pour l’art contemporain. Jusqu’au 8 janvier 2017

Et retrouvez mon live@ du vernissage inspiré par @BernieKrause à @Fond_Cartier sur @new_olympe

 

Dans le prolongement de l’exposition, le site Internet www.legrandorchestredesanimaux.com vous invite à devenir à votre tour le chef d’orchestre du vaste ensemble musical de la nature. Guidé par les voix de Bernie Krause en anglais et de l’artiste Camille en français, ce site lève le voile sur les mystères de l’harmonie acoustique du règne animal et propose une expérience interactive sans précédent pour découvrir l’écologie du paysage sonore et ses ressorts.

L’occasion de lire cet article : Dans les mailles du filet, au musée de la marine, Palais de Chaillot

Leave a Reply

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.