Reception le film (save the date) : clap de fin

Clap de fin
Clap de fin

Samedi 29 novembre. Dernier jour de tournage pour #Robocat, mon rôle. Clap de fin.

Dernier jour de tournage pour l’équipe. Un mois de tournage pour une réception futuriste, dans un monde prophétique, allégorique et christique, sans autres problèmes que celui du libertinage. Un film sur la résurrection.

On peut dire je n’ai pas été choisie par hasard comme actrice pour ce film aux métaphores bibliques, moi qui ai été ressuscitée par deux fois déjà, avant d’être bénie et prise sous la protection de Sainte-Rita.

La première fois : lorsqu’Elle me trouve à bord de vie cet été du mois d’août 2012. Dans un dernier battement de cœur, j’accroche son regard. Ce sera Elle, pas une autre. Ça marche : elle m’adopte. Quelques mois plus tard cependant, après m’avoir soignée et aimée, éduquée et choyée, elle décide de m’abandonner. Face à mes caprices, mes jeux, mes miaous et roucoulements, mes facéties, mes parties de cache-cache, ma curiosité, ma vitalité, elle prend peur et abdique. Une annonce sur Le Bon Coin, sauf que ce n’est pas Iggy Pop qui se pointe, mais un type ordinaire, par un jour sombre de novembre. Je La regarde de toutes mes forces pendant qu’il empaquète mes affaires à la hâte. Je suis peut-être sourde, je n’en ai pas moins un sens aigu des situations. Mes prunelles ne trouvent pas les siennes.

Je crois qu’Elle comprend son erreur dès qu’Elle referme la porte de son appartement, me laissant aux bras de cet inconnu. Elle me dira plus tard qu’aucun bruit fût-il un coup de révolver contre sa tempe, n’aurait été plus assourdissant que ce silence soudain, sans moi. Elle imagine une opération commando pour me récupérer. Y parvient. Me découvre dans un état alarmant, plus sinistre que ce jour d’été où nos destins se croisaient. Sans Elle dans ma vie, je renonce, je meurs. Depuis l’une sans l’autre nous ne valons rien. Je l’ai humanisée tout autant qu’Elle m’a rendue à la vie. Notre histoire méritait bien une bénédiction.

Me voici à présent actrice de cinéma, dans cette réception atemporelle, « dans un avenir proche, quelque part en Europe ». Romain, l’un des invités, arrive du Japon d’où il ramène un cadeau à la maîtresse de maison, Lucrèce Bourgeois.

Je lis le scénario, et répète ma grande scène, en songeant qu’il n’est pas de coïncidences. Juste des rendez-vous.

« Roman fait une entrée remarquée, un grand sac à l’épaule » (…) « Tel le Messie ressuscité à la sortie du tombeau, Roman provoque une joie éberluée chez ceux qu’il croise : d’abord Marguerite, qui se signe en triangle, à son passage » (…)

ROMAIN

A bien chère sœur, bénissez-moi car je vous adore. (décidément, depuis deux jours, il n’est question que de cela)

Puis Gabriel, qui applaudit discrètement.

 

GABRIEL

Surprise ! Le roi Romain est de retour en son palais. Lucrèce ! Où est-elle passée Cléopâtre ?

 

(…)

 

LUCRECE

Qu’est-ce qu’il y a dans le sac ?

 

ROMAIN

C’est un cadeau pour toi. (…)

 

(…)

 

Romain s’accroupit pour ouvrir le sac.

 

ROMAIN

J’étais à Tokyo il y a trois jours, j’ai pensé que cela te ferait plaisir. Vous allez voir c’est assez étonnant.

 

Il ouvre  le sac, un chat blanc s’en échappe. (Moi…)

LUCRECE

Un robocat ! Mais qu’il est beau ! (c’est vrai, je suis pas mal comme chatte… en robocat, ça le fait bien)

ROMAIN

C’est bien imité non ? Et bien sûr il ne mange pas, il ne pisse pas, il ne miaule pas. (en l’occurrence, dans ce studio de cinéma, au cœur de ce décor et de tous les actrices –sublimes, et acteurs –divins, je me sens toute timide : ni faim, ni envie de pisser ou de miauler)

(…)

 

ROMAIN

La fourrure, c’est pas encore parfait, mais vous savez que les Japonais n’ont jamais été à l’aise avec les poils. (euh … permettez … je suis désolée, mais mon poil est lustrant et doux comme la soie ! c’est que je l’entretiens ! des heures entières à me lécher ! enfin bref c’est un FILM, j’en accepte l’augure)

Pendant que tout le monde s’extasie sur le robocat (c’est vrai : cette foule d’invités pressés au-dessus de moi ! exaltant et inquiétant aussi. Je suis la princesse de la scène, tout le monde à mes petits soins. Grisant.) (…). Tout le monde est accroupi à jouer avec le robocat… (oui, à en confondre réalité et cinéma, tant ils s’adressent tous à moi, #lanouvelleolympe, plutôt qu’à #Robocat)

 …

Une expérience unique. Déconcertante et fascinante. Comme vous, je découvrirai le rendu lorsque le long-métrage sera sur les écrans. Suspense…

L’équipe me filme ensuite dans diverses situations : j’accompagne les invités autour d’un verre, je renifle les cocktails en préparation dans la cuisine… Après tout, c’est aussi un peu ma réception, ce film.

Sur le plateau, les acteurs sont sublimés et ils m’aiment tous. Personne n’en fait trop ou pas assez, comme s’ils me connaissaient depuis longtemps. A la dilatation de mes pupilles, ils savent dans quel état je me trouve, ils se montrent attentifs : je les aime bien, ils me rassurent. L’équipe technique est pro : entre les répétitions, les cadrages, les emplacements de caméra, les lumières, le temps se déroule en microsecondes. De sorte que je n’attends pas entre les prises. L’assistante du réalisateur dit « Silence, moteur, on tourne », avec fermeté, calme et justesse. Efficace. Je la regarde, je lis sur ses lèvres, je l’écoute, et j’y vais. A moi de jouer.

Je leur concocte une petite blague au début : au lieu de descendre les escaliers, je les monte, et me réfugie dans un bout de décor inaccessible. Héhé. Ils me récupèrent, referment tous les espaces susceptibles d’éveiller la tentation de fouiner, et c’est parti.

« Clap de fin ».

C’est terminé. Je laisse #Robocat entre leurs mains, et il est temps à présent de reprendre le cours de ma vie, au milieu de mes jouets, dans ma maison et … je meurs de faim.

Un grand merci à toute l’équipe. J’ai apprécié vous rencontrer, tous. C’était une sacrée expérience, cinématographique et liturgique. Merci Gilles Verdiani de m’avoir offert cette opportunité, formidable et plus solennelle qu’il n’y parait. Je crois que ce rôle était pour moi, en toute modestie, symbole de ma révélation sur terre. Comme ces mystères qui surgissent. Une expérience cinématographique baptismale. Au nom du père du fils et du Saint-Esprit. Amen.

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